Pour la prise en charge communautaire des malades du sida, le Projet plurisectoriel de lutte contre le sida (Ppls) a financé, par le biais de l'Agence de gestion et de promotion des initiatives de base (Agefib), des organisations communautaires de certaines villes du Bénin. Malheureusement, rares sont les malades qui ont pu bénéficier de ces fonds.
Larisse Axel HOUSSOU (Avec la collaboration de CeRADIS Ong)
Adja-Ouèrè, dans la commune de Pobè. C'est dans cette localité poussiéreuse que vit Maïmouna (un nom d'emprunt) avec ses deux enfants. Ils habitent dans une cabane délabrée avec pour tout mobilier une vieille lampe à pétrole. Ils dorment côte à côte, parce qu'il le faut bien, la cabane n'a qu'une pièce. Maïmouna est une malade du sida presque en phase terminale. Elle a besoin de soins constants et d'un traitement médical, ce qui l'oblige à parcourir des kilomètres pour se rendre chaque semaine au centre de santé de la commune. Elle a aussi besoin de vêtements, de nourriture et d'un abri. «Si mon mari était encore de ce monde, murmure-t-elle, il m'aurait certainement été d'un grand secours.» Le mari est mort il y a un an, laissant derrière lui Maïmouna, contrainte d'assurer aujourd'hui le relais, en élevant leurs deux enfants. «Un fardeau que j'aurais voulu m'en passer, confie-t-elle, surtout en ce moment où je me sens fatiguée.»
«Ces malades mangent difficilement»
C'est pour épargner aux malades du sida ce genre de fardeau que le Projet plurisectoriel de lutte contre le sida (Ppls) a alloué, par le biais de l'Agence de gestion et de financement des initiatives de base (Agefib), des fonds à l'organisation communautaire de lutte contre le sida de Pobè. «Ces fonds devraient servir à assurer la prise en charge psychologique et nutritionnelle des malades, à les accompagner et bien d'autres choses, mais très peu de malades ont pu réellement bénéficier de ces fonds», assure Antoine Houtoukpè, l'un des infirmiers du centre de santé de Pobè. «Quand on rend des visites à domicile aux malades du sida, on constate souvent qu'ils n'ont même pas de quoi manger, ce qui aggrave leur maladie, ajoute l'infirmier. Même ici au centre de santé, ces malades mangent difficilement.» Or les fonds du Ppls devraient, entre autres, servir à cela. Maïmouna, confie: «Au début, l'agent communautaire nous [son mari et elle] achetait les médicaments et nous apportait chaque week-end des vivres. Mais depuis plus d'un an, même avant la mort de mon mari, je ne l'ai plus jamais revu.» Où est passé l'agent communautaire? A quoi ont servi les fonds qui étaient destinés aux malades?
Ils sont chargés de les accompagner
Adakplamè, un village de la commune de Kétou, à plus de 45 km de Pobè. Non loin de la maternité, se dresse une case aux murs lézardés. A l'intérieur, Rachidatou, (un nom d'emprunt) allongée sur une natte usée. Très amaigrie, elle se lève difficilement et se dirige d'un pas lent à la rencontre de la médiatrice Jeanne Lawani. Au premier regard, tout laisse croire que Rachidatou est malade. Sur son visage émacié, de petits boutons sont visibles. Puis, il y a cette toux atroce qui l'empêche de parler. «Elle a le virus du sida depuis trois ans», révèle la médiatrice qui continue: «Son mari et sa propre famille l'ont abandonnée. L'agent communautaire qui venait payer ses ordonnances est lui aussi porté disparu depuis plus de quatre mois. J'ai informé le comité de gestion des fonds dans la commune, mais jusque-là personne n'est venue la voir.»
Généralement, ce sont les agents et les médiateurs des centres de santé des communes qui orientent vers les organisations communautaires les malades qu'ils reçoivent. Des agents communautaires sont alors affectés à ces malades et ces agents sont chargés de les accompagner, d'honorer leurs ordonnances prescrites par le centre de santé et de leur apporter des vivres. «La présence de cet agent communautaire m'avait beaucoup soulagée dans la mesure où cela réduisait mes déplacements vers le centre de santé et personne ne pouvait imaginer que j'étais malade, raconte Rachidatou. Mais depuis qu'il ne vient plus, je suis obligée de me déplacer et prier les infirmiers et la médiatrice de m'aider parce que je suis sans argent.»
«Des actions ont été menées»
Rachidatou et Maïmouna ont quand même pu bénéficier des fonds de l'organisation communautaire de leur commune. Mais très peu de malades ont eu cette chance. Isidore Gounon, l'un des membres de l'organisation communautaire de lutte contre le sida de Pobè, explique: «Ecoutez, nous avons fait ce que nous pouvons avec les fonds qu'on nous a remis. Et sur le terrain des actions ont été menées. Tous les malades ne pouvaient pas être pris en charge en même temps». Il poursuit: «Et on n'a pas que ça à faire. On doit s'occuper aussi des orphelins du sida, former et sensibiliser les communautés. Si au moins les gens apportaient leur contribution pour alimenter la caisse de solidarité, on aurait été beaucoup plus visible sur le terrain aux yeux des malades...» Bonne foi ou mauvaise foi? Toujours est-il qu'ailleurs, dans d'autres communes, ces fonds Ppls ont réellement servis aux malades.
Commentaires